Ce que le gaz et le fer ne feront pas seuls | Nor Info

Ce que le gaz et le fer ne feront pas seuls

mer, 29/07/2026 - 00:24

La Mauritanie voit converger sur son sol, en une génération, des atouts inestimables : une côte atlantique, des ressources halieutiques, un sous-sol minier, du gaz, un potentiel solaire et éolien, une position entre le Maghreb, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Cette concentration d’opportunités ouvre une séquence historique. Elle impose des choix. L’histoire enseigne pourtant qu’aucun pays ne s’est construit sur ses seules ressources naturelles. Le pétrole, le fer ou le gaz remplissent les caisses de l’État ; ils ne bâtissent ni un État fort, ni une économie compétitive. Ces conquêtes relèvent d’un autre ordre : celui de l’État, du savoir et du long terme. La Corée du Sud, ruinée par la guerre, sans pétrole ni minerais, s’est relevée par l’école, l’industrie et la constance. Singapour, privé d’eau et de terre, a misé sur la formation, le mérite et l’administration. Le Botswana a encadré ses diamants par une règle budgétaire stricte. Le Vietnam a combiné réforme agraire et ouverture au commerce. Les trajectoires diffèrent, mais la leçon demeure : la prospérité naît des institutions, non du sous-sol. La première leçon est celle du capital humain. L’éducation est le premier investissement. Ce qui compte n’est pas le nombre d’années passées à l’école, mais ce que les élèves y apprennent réellement. Une école qui délivre des diplômes sans transmettre les valeurs morales d’équité et de civilité, le savoir-faire et les méthodes de raisonnement scientifique affaiblit l’administration, l’économie et la justice. Le déclin est silencieux : les classes restent ouvertes, les examens ont lieu, mais le niveau s’érode. Une génération plus tard, la productivité recule, l’innovation se raréfie et la dépendance aux compétences étrangères s’accroît. La Mauritanie possède déjà des réussites, quoique partielles et marginales. L’École polytechnique, fondée sur deux années préparatoires exigeantes, forme des cadres de qualité. Ce modèle, repris par le Sénégal, doit être consolidé et étendu. Or une économie moderne ne réclame pas seulement des ingénieurs. Elle a aussi besoin de techniciens, de contremaîtres et d’ouvriers qualifiés. Les écoles professionnelles sénégalaises et les filières BTS ont mieux répondu que nous aux besoins du projet gazier GTA. Elles ont formé des spécialistes de la maintenance, de la logistique et de l’énergie. La Mauritanie peut s’en inspirer. Dans le même esprit, les mahadras portent une tradition de rigueur intellectuelle qu’il convient de moderniser sans l’affaiblir : les ouvrir aux sciences, aux langues et au numérique. Les classes d’excellence scientifiques, auxquelles devraient se greffer des filières littéraires exigeantes, doivent repérer les talents et les préparer aux responsabilités. Lorsque les professeurs manquent en mathématiques, en sciences ou en langues, il est sage de recruter temporairement des enseignants étrangers, le temps de former une relève nationale. Mais le capital humain ne se limite pas à l’école. Il repose aussi sur la santé. Cuba, avec des moyens limités, a bâti un système fondé sur la prévention et les soins de proximité. La Mauritanie pourrait exiger des jeunes médecins un service d’un ou deux ans dans les zones rurales. Ils y assureraient les soins de base, la vaccination, le suivi maternel et infantile. Ils iraient vers les populations à moto, à bicyclette ou à dos d’âne. Ce serait le prolongement naturel d’une formation financée par la collectivité.

Par Sid ElMokhtar Sidi Haiba

Analyste politique et géopolitique