
La santé passe également par le sport. L’école doit former le corps autant que l’esprit. La Jamaïque a fait des pistes d’athlétisme un équipement scolaire. Plusieurs pays voisins disposent de terrains de basket dans leurs collèges et lycées. La Mauritanie pourrait doter ses établissements d’infrastructures simples et faire du sport une pratique régulière. La deuxième leçon est celle de l’agriculture. Joe Studwell a montré que l’industrialisation asiatique a commencé dans les campagnes. Le Japon, Taïwan, la Corée, la Chine et le Vietnam ont d’abord relevé la productivité agricole avant de soutenir l’industrie. Une agriculture plus productive augmente les revenus ruraux, réduit la pauvreté, renforce l’autosuffisance alimentaire et élargit le marché intérieur. Dans un pays où le monde rural demeure important, l’agriculture n’est pas un secteur résiduel : elle constitue l’un des fondements de l’avenir. La troisième leçon est celle des institutions. Douglass North a montré qu’elles réduisent l’incertitude. Le capital s’engage lorsque les règles sont prévisibles, les contrats respectés et l’administration constante. Les ressources naturelles ne compensent pas la faiblesse institutionnelle ; elles l’aggravent souvent. Elles nourrissent la rente, retardent les réformes et affaiblissent la responsabilité publique. La malédiction des ressources est institutionnelle, non géologique. La quatrième leçon est celle du mérite. Toute nation qui se développe finit par comprendre que le talent est sa ressource la plus rare. Lorsque les responsabilités reviennent aux plus compétents, l’État gagne en capacité. Lorsqu’elles obéissent à la faveur ou au clientélisme, les meilleurs s’exilent ou renoncent. La fuite des cerveaux commence avant le départ : elle commence lorsque le mérite ne permet plus d’avancer. La cinquième leçon est celle des villes. L’urbanisation ne se confond pas avec le développement. Une ville crée de la richesse lorsqu’elle est organisée : transports, foncier, logements, écoles, espaces de production. À défaut, elle accumule congestion, habitat précaire et perte de productivité. L’urbanisme n’est pas une question d’esthétique ; c’est une politique de productivité. Dans Quand les cathédrales étaient blanches, Le Corbusier rappelle que la prospérité durable ne naît ni de l’imitation ni de la rente, mais d’une vision nationale capable de mettre la technique, l’urbanisme, l’éducation et l’organisation au service du bien commun. Reste la question de la vision. Les pays qui réussissent ne transforment pas tout à la fois. Ils fixent quelques priorités et s’y tiennent. La continuité l’emporte sur l’annonce. Cette exigence s’applique à la gestion des ressources naturelles plus qu’à tout autre domaine. Le fer mauritanien, par exemple, ne conservera sa place que s’il s’adapte aux exigences de l’acier bas carbone. Le projet Nour, actuellement à l’étude, est stratégique. S’il devait prendre du retard, Simandou modifierait durablement les conditions de la concurrence. Pour la SNIM, c’est une véritable course contre le temps. Rien de cela ne sera possible sans un État capable de gouverner. Un pays miné par la corruption, l’impunité et le clientélisme compromet sa capacité de développement. Lorsqu’il est traversé par des tensions internes et confronté à un environnement régional incertain, la bonne gouvernance devient une condition de souveraineté. La Mauritanie est à un point de bascule. Les revenus du gaz, des mines et de la pêche peuvent financer une transformation durable. Ils peuvent tout autant nourrir l’illusion de la richesse. Les ressources naturelles créent une opportunité ; elles ne créent jamais, à elles seules, le développement. La différence réside dans la qualité des institutions, la compétence des femmes et des hommes qui les servent et la constance des politiques publiques. L’histoire offre les deux exemples. Certains pays ont transformé une rente éphémère en prospérité durable ; d’autres ont dissipé des richesses considérables sans parvenir à bâtir une économie solide. Le choix ne dépend ni de la géologie ni de la chance. Il dépend de la politique. Les générations futures ne retiendront ni le prix du gaz, ni celui du fer, ni les volumes exportés au cours de cette décennie. Elles jugeront si cette génération de dirigeants a su transformer une rente passagère en puissance durable, convertir des ressources épuisables en capital humain, en institutions solides et en prospérité partagée. Car la véritable richesse d’une nation ne se mesure pas à ce qu’elle extrait de son sous-sol, mais à ce qu’elle construit pour les générations qui lui succéderont.
Par Sid ElMokhtar Sidi Haiba




