Les préparatifs de la visite du président de la République à Nouadhibou : Mi-figue, mi-raisin | Nor Info

Les préparatifs de la visite du président de la République à Nouadhibou : Mi-figue, mi-raisin

dim, 27/07/2025 - 21:19

Le président de la République M. Mohamed ould Cheikl El Gazouany , entame dimanche 27 juillet, une visite officielle de travail à Nouadhibou. Il s‘agit pour lui et la délégation qui l’accompagne d’inaugurer plusieurs projets d’utilité publique attendus depuis longtemps par les habitants de la ville. C’est dans ce cadre que les acteurs de la scène régionale et nationale bougent et s’activent faisant de cette visite une visite éminemment politique. En premier lieu, le député-maire de la ville El Ghassem Ould Bellali, considéré comme élu d’un parti de la majorité, poursuit ses rencontres intensives de sensibilisation avec les différents acteurs locaux, notamment les notables et les représentants des quartiers populaires. Le député-maire a déjà présidé une série de réunions ayant rassemblé les représentants du secteur de l’éducation, les bureaux des parents d’élèves des écoles primaires, ainsi qu’une réunion spéciale avec un groupe de femmes socialement actives dans la ville, dans une scène illustrant l’esprit de mobilisation collective et le sens des responsabilités. Ces démarches dynamiques s’inscrivent dans le cadre de l’engagement du député-maire El Ghassem Ould Bellali à jouer un rôle de premier plan dans la mobilisation des populations et à garantir leur présence active et remarquable pour accueillir le Président de la République d’une manière digne du statut de la ville et de ses habitants.

C’est dans ce sens que le parti au pouvoir bouge et son président Sid Ahmed ould Mohamed accompagné de plusieurs députés de la ville et acteurs politiques se déplacent vers la ville pour sensibiliser les populations afin d’accueillir chaleureusement le président de la République. En outre, toujours dans le cadre de cette visite tant attendue, le Délégué général à la solidarité nationale et à la lutte contre l’exclusion (TAAZOUR), M. Cheikh Ould Bodde, accompagné du wali de Dakhlet Nouadhibou , M. Mahi Ould Hamed, a effectué samedi 26 juillet une visite à l’usine de dessalement d’eau de mer et au projet de logement social. L’usine de dessalement d’eau de mer, a été construite grâce au financement de TAAZOUR. Elle produit 600 mètres cubes d’eau par jour, destiné à irriguer les fermes maraîchères qui alimentent les marchés de la ville, et contribue à soulager la pression sur le réseau d’eau potable, qui constitue une demande urgente pour les habitants de la ville depuis des années. Avant l’arrivée du président, le Délégué Général a pu s’enquérir de l’avancement des travaux du projet de logement social mis en œuvre par la Délégation Générale dans la ville de Nouadhibou, qui comprend 378 logements. Lors de sa rencontre avec les entrepreneurs, le délégué général a insisté sur la nécessité d’accélérer la livraison des unités et de respecter le cahier des charges et les normes de qualité.

Donc c’est un branle-bas qui secoue la ville avant cette visite. Plusieurs observateurs de la scène dont des journalistes, des communicants experts et chercheurs intéressés par la ville ont fait un constat alarmant ouvrant un cri d’alarme devant l’arrivée du président.

I/ Situation alarmante de la ville

Pour certains parmi eux, Nouadhibou, ville portuaire au potentiel immense, est asphyxiée. Son littoral est livré à la spéculation, Pour d’autres, le président de la République doit être plus efficace. Entreprenant des visites de terrain pour constater personnellement les dysfonctionnements, il doit prendre des mesures draconiennes pour mettre fin définitivement à certaines irrégularités.

A/ Pénuries d’eau, délestages récurrents, chômage massif, infrastructures en ruine.

Des solutions seraient toujours envisagées par le gouvernement avec de nouveaux projets d’infrastructures, notamment la construction de nouvelles stations de dessalement d’eau de mer et l’amélioration du réseau de distribution, pour résoudre les problèmes de pénurie et d’interruption de service. Il y a également un projet, financé par l’Etat mauritanien et le Fonds arabe de développement économique (FADES) pour un montant de 32 milliards d’ouguiya MRO, censé approvisionner les villes de Nouadhibou et Boulenouar en eau potable jusqu’à 2037. Mais tout cela prend du temps face à l’urgence. La question de l’accès à l’eau potable empoisonne donc la ville et ce depuis les années 1990, sans solution durable. Mais les maux sont nombreux : pénuries d’eau et d’électricité, dégradation des routes – notamment l’axe Nouadhibou-Chami, théâtre d’accidents mortels –, hôpitaux sans moyens… La jeunesse fuit la ville, attirée par les mirages de l’étranger, notamment l’Espagne et les États-Unis à la recherche d’un avenir meilleur. Seule la Snim semble être une exception dans ce décor kafkaien, constate notre confrère J.DEIDA..

Malgré sa façade maritime, Dakhlet Nouadhibou traverse une crise hydrique chronique. Le seul projet structurant, celui de l’adduction d’eau depuis Boulenoir, lancé en 2017, stagne : retards techniques, interruptions budgétaires. Des quartiers entiers connaissent des coupures d’eau de plus de deux semaines. C’est ainsi que 43 % des ménages déclarent être confrontés à une pénurie régulière d’eau potable. Les alternatives des camions-citernes, vendeurs informels, stockage précaire restent coûteuses et précaires. Mais avec les nouvelles canalisations vers Boulenoir, les eaux de dessalement espérons que ces pénuries vont diminuer. Pour ce qui concerne l’’électricité, le parc éolien de 110 MW, symbole d’un tournant énergétique, a permis à la région d’entrer dans l’ère des énergies renouvelables. Cependant, l’instabilité du réseau, l’absence d’interconnexion efficace et le manque de maintenance participative réduisent considérablement l’impact réel de cette transition. En 2024, 36 % des ménages ont subi des coupures d’électricité de plus de 10 heures par semaine.

B/ Le secteur de la pêche : un poumon économique

La pêche constitue la colonne vertébrale de l’économie régionale. Elle génère plus de 40 % des recettes d’exportation nationales et mobilise une main-d’œuvre très importante. Selon les données récentes, ce secteur emploie directement environ 20 000 personnes dans la région, incluant pêcheurs artisanaux, mareyeurs, et travailleurs des unités de transformation. Pourtant, cette vitalité est aujourd’hui menacée par une surpêche industrielle alimentée par des accords opaques, un pillage systématique des ressources et une marginalisation croissante des pêcheurs artisanaux. Le port de Nouadhibou, modernisé à grands frais, sert davantage de base logistique aux flottes étrangères que de levier de croissance pour l’économie locale. Les acteurs nationaux dénoncent l’absence de mécanismes de protection, de quotas favorisant les circuits courts, les coopératives locales ou les entreprises nationales. Le nombre de licences accordées à des navires étrangers a doublé entre 2015 et 2023, selon un rapport de l’IMROP datant de 2023 tandis que les captures artisanales ont chuté de 28 %.

C/ Tourisme intérieur : un potentiel ignoré

Nouadhibou dispose d’un patrimoine naturel et culturel remarquable, Cabanon, Cap Blanc, Banc d’Arguin, Phoques moines, Plages naturelles.

Pourtant : ● Aucun circuit touristique structuré n’existe ; ● Les infrastructures d’accueil sont très limitées ; ● Le tourisme intérieur demeure embryonnaire, malgré l’intérêt croissant de la jeunesse nationale pour la découverte du territoire.

L'absence de politiques incitatives empêche l’émergence d’un écotourisme local durable, alors même qu’il pourrait générer des emplois et valoriser les identités régionales.

D/ Zone Franche : un levier d’exception sans grand effet

Conçue en 2013 comme un outil de dynamisation économique, la Zone Franche de Nouadhibou produit des effets ambivalents. Si elle est née pour attirer les capitaux, elle peine à atteindre les objectifs qui lui sont assignés et à irriguer le tissu économique local : emplois directs rares, sous-traitance locale négligeable, impact social inexistant. L’AZFNDB fonctionne comme une enclave, sans synergie avec les acteurs locaux et l’absence de coordination avec la mairie accentue les dysfonctionnements. La coexistence entre l’autorité de la Zone Franche et les structures municipales crée une confusion généralisée des responsabilités. Délivrance des permis, collecte des déchets, régulation du foncier : les chevauchements sont nombreux. Ce désordre institutionnel ralentit les projets, dilue les responsabilités et alimente la défiance citoyenne.

E/ Santé : des soins pour les nantis, des carences pour les autres

L’hôpital des spécialités, dit « cubain », concentre des compétences médicales de qualité, mais reste inaccessible pour la majorité de la population. Les centres de santé primaires, eux, souffrent d’un sous-équipement chronique, de ruptures de médicaments. Selon une source du ministère de la santé, 61 % des ménages déclarent se rendre à Nouakchott ou à l’étranger pour des soins spécialisés.

F/ Emploi et jeunesse : exclusion, marginalisation

Le secteur extractif, en particulier à Chami, ne bénéficie que très marginalement aux jeunes de la région. L’absence de formations professionnelles adaptées, la préférence pour la main-d’œuvre expatriée, et l’exclusion systématique des jeunes alimentent un profond sentiment d’injustice. Selon des sources statistique de l’ANSADE, 32 % de chômage touche les jeunes de 15 à 35 ans dans la région.

II/ Recommandations pour une transformation durable

a/ Clarifier les compétences entre la Zone Franche et la mairie par décret, avec une reconnaissance effective du rôle municipal dans l’aménagement, l’urbanisme et la fiscalité locale.

b/ Instituer une stratégie RSE territoriale, avec des incitations fiscales et obligations de transparence.

c/ Structurer un tourisme intérieur durable à travers des circuits balisés, des guides formés et une régulation écologique.

d/ Réhabiliter et étendre l’accès à l’eau potable, notamment dans les quartiers défavorisés, via un fonds spécial d’urgence.

e/ Renforcer la gouvernance participative et la transparence, en impliquant les citoyens et la société civile dans le suivi des politiques publiques. .

III/ Des attentes fortes, mais peu d’illusions

Même la pêche artisanale, pilier historique de l’économie locale, subit de plein fouet la désorganisation. Des pêcheurs dénoncent les pratiques de l’EPBR (Établissement Portuaire de la Baie du Repos) et les interventions jugées abusives des gardes-côtes. La présence controversée de navires étrangers – turcs et chinois – dans des zones interdites alimente la colère. À cela s’ajoute une préférence persistante pour la pêche industrielle, notamment au chalut en bœuf, au détriment des acteurs locaux. L’étau se desserre petit à petit contre la ville devenue un moment terre d’asile pour migrants voulant braver l’océan en direction des Iles Canaries. À la veille de la visite officielle du président de la République à Nouadhibou, capitale économique du pays et zone franche, l’ambiance oscille entre résignation et espoir timide. Si la venue du chef de l’État est censée raviver l’élan politique et économique local, elle intervient dans une ville meurtrie par des décennies de promesses non tenues et une réalité quotidienne de plus en plus difficile.

Reportage compilé avec plusieurs observateurs de la scène régionale

Par Weddou Pour nordinfo